Il y a quatre ans, j’expliquais sur LinkedIn avoir été drogué en soirée. J’ai mis des semaines avant d’appuyer sur “publier”. J’avais peur de ce qu’on allait penser de moi. D’être humilié, à nouveau.
Un homme qui se fait droguer. Un homme qui en parle. Un homme qui avoue sa vulnérabilité sur un réseau professionnel… J’avais peur qu’on me voie comme faible… pas comme un homme. D’ailleurs, qu’est-ce qu’être un homme ?
Ce qui s’est passé ensuite m’a surpris. J’ai reçu du soutien, des messages privés, des gens qui me remerciaient de parler de quelque chose qu’ils n’osaient pas nommer. Une association de prévention m’a proposé de témoigner, mais je n’ai pas osé faire cette vidéo. Et une réalisation collective, dans les commentaires : ce genre de chose peut arriver aux hommes.
Ce post a été le premier moment de ma vie où j’ai assumé publiquement être vulnérable. En fait, d’être simplement une personne entière. Parce que ce n’est pas ce que l’on m’a appris : il m’est arrivé, petit, de prendre une fessée parce que j’étais malade et que cela avait dérangé. Alors j’ai appris à taire mes émotions.
Sois fort. Gère. Avance.
Ce conditionnement ne disparaît pas à l’âge adulte. Il se déplace. Il devient le manager qui ne demande jamais d’aide. L’entrepreneur qui cache ses doutes, voire pire encore. C’est là que réside l’essence d’un monde qui va mal.
Quand la vulnérabilité refait surface dans l’espace public, c’est presque toujours dans un contexte de luttes féminines ou contre les discriminations. Les discriminations liées à la grossesse, les violences faites aux femmes, le harcèlement, les inégalités salariales : ce sont des combats centraux, et loin d’être terminés.
Mais pourquoi les hommes continuent de se taire sur leur propre vulnérabilité ? Ils continuent de se faire du mal, et de projeter cette souffrance sur les autres. Ce cercle est vicieux, et sans fin.
Car oui, le silence a un coût. Il nourrit le masculinisme, cette idéologie qui glorifie la dureté, et qui voit une trahison dans la douceur. Une idéologie qui construit une identité masculine sur le refus de toute faille. C’est une réponse à une peur : celle d’être jugé, de ne pas être à la hauteur d’un modèle qu’on n’a jamais choisi. D’un modèle qu’au fond, nous rejetons car il nous abîme sans qu’on en ait conscience.
Cette peur-là détruit le lien social. Elle isole les hommes d’eux-mêmes, et des autres.
Ce que j’ai appris, après un long chemin en psychologie et en travail intérieur, c’est que chacun d’entre nous peut porter les deux polarités. Certains parlent de yin et de yang. Or quand on se coupe de l’une de ces deux polarités, on se mutile. On devient une version appauvrie de soi-même.
Se montrer vulnérable en tant qu’homme, ce n’est pas devenir moins homme. C’est devenir plus humain. C’est autoriser l’autre, homme ou femme, à faire de même.
La douceur est un acte politique.
